4. Le poète du moi
Cette vie en apparence assez vide d'événements et tout unie fut en fait héroïque et tourmentée. Chaque édition de Feuilles d'herbe correspondait à une victoire sur le doute et les « passions turbulentes » qui déchiraient le poète. En ce sens, les Feuilles d'herbe sont comparables aux Fleurs du mal de Baudelaire. Son œuvre reflète constamment ses contradictions intérieures, ses tâtonnements pour atteindre des certitudes qui se dérobent sans cesse. De là le dynamisme de cette poésie qui invite le lecteur à suivre le poète dans sa quête et, si possible, à le dépasser.
Le premier objet de cette quête est le moi, thème romantique par excellence. Le plus long poème des Feuilles d'herbe a d'ailleurs pour titre « Chant de moi-même ». Whitman s'y décrit en homme du peuple vigoureux et débordant d'optimisme, mais on sent derrière ce portrait de celui qu'il aurait voulu être le rêveur inquiet et secret qu'il était en fait. « Qui touche ce livre touche un homme », nous dit-il. Oui, seulement cet homme n'est pas le joyeux gaillard qui occupe le devant de la scène, mais un lutteur ou, comme il aimait à dire, un « athlète » (moral) qui pendant toute sa vie s'est débattu contre le désespoir et a cherché à conquérir la joie et la sérénité.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 3 pages…



