3. La croissance des « Feuilles d'herbe »
Whitman persévéra donc et, dès 1856, publia une deuxième édition de son recueil, plus sobre d'aspect et de petit format, mais considérablement augmentée et qui comptait non plus douze, mais vingt-deux poèmes. L'accueil ne fut guère plus chaleureux, mais peu importait à Whitman qui, descendant de Hollandais têtus par sa mère et de quakers anglais par son père, était sûr d'avoir raison contre tous. Toute sa vie fut désormais consacrée à enrichir son recueil, dont jusqu'à sa mort il publia inlassablement de nouvelles éditions. En 1860, il donna à son livre l'apparence d'une Bible, car il songeait alors à fonder une nouvelle religion. En 1867 (quatrième édition), après avoir soigné les jeunes soldats blessés dans les hôpitaux de Washington pendant la guerre civile, il ajouta à ses Feuilles d'herbe un groupe de poèmes de guerre intitulés « Roulements de tambour » (« Drum Taps ») et une « Suite aux Roulements de tambour » où il célébrait la mort de Lincoln, le président martyr. En 1871-1872, dans la cinquième édition, il introduisit entre autres un nouveau poème, « En route pour l'Inde » (« Passage to India »), où il dégageait le sens mystique de l'évolution de l'humanité.
Pour célébrer le centenaire de l'indépendance des États-Unis, il publia en 1876 une nouvelle édition, la sixième, accompagnée d'un mélange de prose et de vers intitulé Deux Ruisselets (Two Rivulets). En 1881, un éditeur de Boston, Osgood, entreprit de publier une grande édition commerciale (la septième) de ce recueil dont jusqu'alors (sauf en 1860) Whitman avait été lui-même l'éditeur. Mais Osgood, menacé de poursuites par la Société pour la répression du vice, renonça vite à l'aventure. Whitman, pour sa part, refusa de céder, trouva un autre éditeur et, pour la première fois, grâce au scandale, son livre connut le succès. Il avait déjà sa forme actuelle, car Whitman ne fit après cela qu'ajouter de nouveaux poèmes à son recueil : « Sables de mes soixante-dix ans » (« Sands at Seventy ») et « Adieu, mon imagination » (« Good-Bye My Fancy »), sans modifier le reste. Il put ainsi, en 1892, l'année même de sa mort – survenue à Camden (New Jersey) –, faire paraître la neuvième édition de ce livre avec lequel s'était peu à peu confondue sa vie.
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