Chose plus rare qu'on ne le croit, dans un pays où les généalogies s'inventent parfois du jour au lendemain, Walker Percy descend d'une très ancienne famille du Sud. C'est à la fin du xviiie siècle, au lendemain de la révolution américaine, que « Don Carlos », le premier Percy, s'installe au sud de Natchez, dans ce qui est encore à l'époque territoire espagnol. Son petit-fils, le trisaïeul du romancier – l'Aigle gris du Mississippi, ainsi qu'on le surnommait – fit partie de la caste des planteurs du Sud qui, au lendemain de la guerre civile, s'efforça d'enrayer la montée des petits Blancs racistes et « mangeurs de feu » : les Snopes de Faulkner. Walker Percy avait treize ans lorsqu'en 1929 son père se suicida. Il fut élevé par son grand-oncle, Alexander Percy, l'auteur de Lanterns on the Levee, ou « mémoires d'un planteur sudiste » (1942). Ce livre est une longue méditation élégiaque sur le crépuscule de l'aristocratie, caste en voie d'extinction dont les bastions tombent l'un après l'autre sous l'assaut de la « racaille ».
Alexander Percy se voit comme « le dernier des gentilshommes », expression dont Walker Percy fera le titre d'un de ses romans. Du monde qu'il a connu il ne reste plus qu'une poignée de « survivants » dépossédés de leur héritage, n'ayant plus d'autre recours que d'errer dans le désert tels des nomades, sans feu ni lieu pour y attendre l'apocalypse et la venue, au milieu des ruines (autre titre de Walker Percy), du rédempteur. Toute l'œuvre de Walker Percy est une sorte de dialogue d'outre-tombe avec le fantôme de cet aristocrate désespéré.
Walker Percy fait d'abord des études de chimie à Chapel Hill (Caroline du Nord). Ces années sont marquées par un voyage en Allemagne – en 1934, au lendemain du putsch de Hitler. En 1937, il commence sa médecine à Columbia où, pendant son internat, il contracte la tuberculose en pratiquant des autopsies sur des cadavres de clochards. Au cours de son long séjour en sanatorium, il lit les auteurs qui marqueront son œuvre : le Sartre d […]
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