La disparition de W. G. Sebald en 2001, à l'âge de cinquante-sept ans, a mis un terme prématuré à une œuvre qui – en quelques livres majeurs – ouvrait la voie à une nouvelle écriture narrative. Né en 1944 en Allgäu, il avait quitté l'Allemagne – et en quelque sorte rompu avec elle, mais pas avec sa langue – dans les années 1960, pour la Suisse, la France et finalement l'Angleterre où il s'installa en 1966 et enseigna à partir de 1970 à l'University of East Anglia à Norwich, jusqu'à sa mort tragique dans un accident. Ses récits racontent des voyages, des recherches, des découvertes, ils naissent d'associations d'idées et d'images, d'histoires et de photos. Ils se déroulent comme les pérégrinations des nomades qui semblent aller au petit bonheur dans le désert, alors que leurs repères intérieurs guident leurs pas avec une extrême précision. Sa poétique s'est fixée pour mission d'exhumer les fragments du passé engloutis dans l'oubli. Car « le monde pour ainsi dire se vide de lui-même à mesure que plus personne n'entend, ne consigne, ni ne raconte les histoires attachées à tous ces lieux et ces objets innombrables qui n'ont pas, eux, la capacité de se souvenir ».
1. Un archéologue de la mémoire
Tour à tour archiviste, pèlerin ou confesseur, W. G. Sebald remonte les strates de l'histoire, essentiellement de l'histoire allemande et juive, détecte leurs correspondances cachées et leurs épiphanies. Entre fiction et document, ses livres ne sont jamais la transcription brute de ce qui lui est confié. Son imagination alliée à sa sensibilité réunit verbe et image, textes et photographies – prises par l'auteur lui-même – en une mosaïque de souvenirs oubliés ou refoulés. Archéologue de la mémoire, il est en empathie avec ceux qui, au xxe siècle « ont disparu ou ont été sauvés ».
Risque-t-on le malentendu ou le contresens lorsqu'on ne découvre pas les différents éléments d'une œuvre dans l'ordre chronologique de leur conception et de leur publication ? C'est une question que pourrait légitimement se poser le lecteur de […]
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