Mot qu'il faut prononcer avec une légère grimace pour y marquer le désagrément causé par la seule évocation du mauvais goût des « autres ». Le terme « vulgarité » est donc toujours péjoratif, à moins que, par un retournement hiérarchique dans l'agression, il devienne le noble ricanement du sans-culotte face aux pudeurs ignobles de l'esthétique et de l'éthique bourgeoises. « Ce qu'il y a d'enivrant dans le mauvais goût, c'est le plaisir aristocratique de déplaire » (Baudelaire). Depuis la honte qui couvre l'ignorance jusqu'à l'effronterie souvent désespérée de l'impudique, c'est en fait comme une histoire des valeurs et des humiliations populaires qui se profile derrière ce vocable du dégoût.
Une longue tradition intellectuelle et aristocratique a laissé au peuple durant des siècles la vulgarité des perceptions, des croyances, des choix. Vulgum pecus, ignare, sordide, rampant dans la laborieuse obscurité des apparences. Le corps social se défend : aux penseurs, aux savants, aux sages, les joies du savoir éclairé, du corps transfiguré et inodore, de l'esprit triomphant. Le savoir et le pouvoir collaborent. Il leur faut conduire la brute. On la châtie quand elle gêne […]
