Mot qu'il faut prononcer avec une légère grimace pour y marquer le désagrément causé par la seule évocation du mauvais goût des « autres ». Le terme « vulgarité » est donc toujours péjoratif, à moins que, par un retournement hiérarchique dans l'agression, il devienne le noble ricanement du sans-culotte face aux pudeurs ignobles de l'esthétique et de l'éthique bourgeoises. « Ce qu'il y a d'enivrant dans le mauvais goût, c'est le plaisir aristocratique de déplaire » (Baudelaire). Depuis la honte qui couvre l'ignorance jusqu'à l'effronterie souvent désespérée de l'impudique, c'est en fait comme une histoire des valeurs et des humiliations populaires qui se profile derrière ce vocable du dégoût.
Une longue tradition intellectuelle et aristocratique a laissé au peuple durant des siècles la vulgarité des perceptions, des croyances, des choix. Vulgum pecus, ignare, sordide, rampant dans la laborieuse obscurité des apparences. Le corps social se défend : aux penseurs, aux savants, aux sages, les joies du savoir éclairé, du corps transfiguré et inodore, de l'esprit triomphant. Le savoir et le pouvoir collaborent. Il leur faut conduire la brute. On la châtie quand elle gêne (politique et éthique). On l'abandonne à ses bas appétits quand elle ne fait tort à personne (esthétique et divertissements). Là-haut le raffinement apollinien de l'initié ; en bas le travail, le sexe et l'excrément. Là-haut ? il faut, pour y parvenir, emprunter l'échelle hiérarchique des valeurs, quitter le prosaïque pour le noble, le pauvre pour le riche, la vie pour la mort. Car la mort, c'est le choix du bourreau et non des victimes. C'est la mort qui règne là-haut, au-dessus du vulgaire. La vulgarité, c'est le choix de la vie, choix meurtri. Le bon goût est exsangue ; sa pâleur fuit la dépense, le sang, la sueur, le désir. « Quand une fille était marquée par les stigmates de l'anémie et de la constipation chronique, vous saviez qu'elle était une dame. C'est la même chose en littérature » (Aldous Huxley, De […]
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