Le vote comme pratique formellement individuelle ou l'élection comme technologie collective font partie de ces faits sociaux déroutants, en ce qu'ils se donnent à voir comme tissu d'évidences mais aussi comme complexe d'énigmes imparfaitement résolues. L'évidence de l'élection tient au sentiment de familiarité qui l'entoure. Les mécanismes de ce processus de naturalisation, qui fait aujourd'hui du vote une pratique ordinaire, « conventionnelle », voire obsolète, tiennent à quatre causes principales.
La première de ces causes est l'ancrage historique de l'expérience. On votait déjà dans l'Athènes de Périclès, sous la République romaine, dans les communes médiévales des pays dits « d'élection » et, plus systématiquement, dans les ordres monastiques ou lors des conclaves, bien avant que les trois grandes révolutions politiques modernes (anglaise, américaine, française) ne consacrent l'élection comme principe de règlement politique des différends et de désignation des représentants.
À cette épaisseur historique, il faudrait ajouter la démultiplication et l'universalisation de la technologie électorale. De no […]
