6. Le noyau phénoménologique
Au terme de ce parcours à travers quelques-uns des contextes philosophiques, on peut se demander s'il existe une signification stable qui permette de dire qu'il s'agit chaque fois du même phénomène. Par deux voies différentes, la phénoménologie, à la suite de Husserl, et la philosophie du langage ordinaire, dans la ligne de la Linguistic Analysis de l'école d'Oxford, ont tenté d'isoler ce noyau. Mais il faut bien voir que c'est toujours au prix d'une abstraction de méthode qui neutralise les enjeux philosophiques.
Ainsi, la phénoménologie prétend être « sans présuppositions », ce qui veut dire qu'elle met entre parenthèses les théories et prises de position dans lesquelles le phénomène à décrire est inséré. Cette mise entre parenthèses des théories est seulement un cas particulier de la méthode de « réduction » qui frappe l'attitude « naturelle » et, avec elle, l'implication de l'expérience vive dans une histoire et dans une culture. Reste un « vécu » pur qui présente certaines articulations, certaines structures essentielles, accessibles elles-mêmes à une analyse essentielle. À cette essence du « vécu de la volonté » appartient un certain nombre de traits. D'abord, la volition est un acte intentionnel qui vise une « action-à-faire-par-moi ». Cette visée a des traits communs avec toutes les anticipations : elle désigne « à vide » un cours d'événements dont l'effectuation future est susceptible de remplir la visée ; mais le projet diffère par des marques propres des autres formes d'anticipation et d'abord de la simple révision ; l'événement visé est une action, et une action à faire non par un autre que celui qui anticipe l'action, mais par le même que celui qui, en décidant, s'engage à faire ; cette auto-implication du sujet volontaire dans le contenu de son projet est caractéristique de la volition. En outre, la volition présente une architecture très complexe : on y retrouve la saisie perceptive d'une situation, l'imagination de certains buts à atteindre, la proje […]
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