5. Le contexte « dialectique » : Hegel
On peut voir dans la philosophie hégélienne une tentative pour donner une réponse dialectique à la série des scissions auxquelles conduit le mode de pensée critique : scissions entre l'a priori et l'empirique, entre la raison théorique et la raison pratique, entre l'obligation morale et le désir, enfin entre la volonté raisonnable et la volonté arbitraire. Là où la critique sépare, la dialectique use de la contradiction pour susciter son propre dépassement (Aufhebung) et pour s'approcher, à coups de contradictions surmontées, d'une réalité toujours plus complexe, plus concrète et plus complète.
La conception dialectique de la volonté n'est pas seulement, chez Hegel, un exemple parmi d'autres de solution dialectique d'un problème conduit à l'impasse par la philosophie critique ; elle constitue, à bien des égards, le noyau dialectique par excellence de tout le système hégélien.
Au début des Principes de la philosophie du droit, Hegel présente en termes encore abstraits la constitution dialectique de la volonté. La volonté, en effet, contient un moment d'indétermination, qui est le pouvoir de prendre distance à l'égard de tout désir et de se poser dans la pure réflexion d'un « je » sans contenu ; ce premier moment est celui de l'universalité vide. En même temps, la volonté est la capacité de se déterminer par un projet limité : ce second moment est celui de la particularité, où la volonté devient quelque chose de déterminé. Enfin, la volonté est l'unité de ces deux moments : « C'est la particularité réfléchie sur soi et par là élevée à l'universalité, c'est-à-dire la singularité. » Dans le concept de la singularité, l'opposition de l'universel et du particulier engendre le pouvoir concret de se déterminer soi-même.
Ce schéma dialectique suffit à avertir que la volonté n'est pensable que si son concept peut être pensé dialectiquement ; ce que nous appelons l'expérience ne se réduit donc pas à une impression indifférenciée et ineffable ; l'expéri […]
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