4. Le contexte « critique » : Kant
Avec Kant disparaissent les conditions de la certitude réflexive qui permettaient de parler d'une expérience intérieure de la volonté et de la liberté. La philosophie critique, en effet, conclut de l'analyse des conditions de possibilité de la connaissance que seule est objective la connaissance soumise aux conditions de l'espace et du temps et organisée selon l'ordre des catégories. Il en résulte que je ne puis connaître qu'une nature soumise aux lois de la causalité, c'est-à-dire de la succession régulière. Une expérience de la liberté est dès lors impossible. Il faut certes placer l'unité du « je pense » à l'origine de toutes les synthèses qui font l'objectivité de nos objets, mais on ne peut passer de l'aperception du « je pense » à une expérience vive de notre pouvoir de choisir. Ce passage constitue le « paralogisme » de la psychologie rationnelle, lequel est une figure de l'illusion transcendantale, c'est-à-dire de l'erreur fondamentale et nécessaire dans laquelle s'enferme la métaphysique. Il est clair que la description de la Méditation quatrième de Descartes tombe sous la condamnation de la psychologie rationnelle, ainsi que toute tentative de constituer par introspection une psychologie de la volonté.
Mais, si la volonté ne tombe plus dans le champ de la raison théorique – si je ne puis plus me voir et me savoir voulant –, elle relève encore, et exclusivement, d'une investigation de la raison pratique. Je ne sais pas ce que c'est qu'une volonté, mais je puis déterminer les conditions pratiques d'une bonne volonté. Il suffit, pour le faire, de réfléchir sur les appréciations de la conscience morale ordinaire, dont l'autorité est comparable, dans l'ordre pratique, à la science dans l'ordre théorique : « De tout ce qu'il est possible de concevoir dans le monde et même en général hors du monde, il n'est rien qui puisse, sans restriction, être tenu pour bon, si ce n'est seulement une bonne volonté. » Ainsi commencent les Fondements de […]
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