Maïakovski est un des plus grands noms de la poésie russe contemporaine dont il a puissamment contribué à créer le nouveau visage. Dans le cadre de l'école futuriste, il affirme et illustre une conception révolutionnaire du langage poétique, liée à la fois à une exploitation approfondie du matériau verbal sous toutes ses formes, et à une intuition aiguë de la modernité urbaine et prométhéenne qu'il rehausse d'une certaine violence barbare. Sa contestation radicale du passé le conduit naturellement au premier rang des créateurs enthousiasmés par la révolution de 1917 et qui consacrent toutes leurs forces à promouvoir un art étroitement lié à ses ambitions démiurgiques. Pour Maïakovski, qui donne alors l'exemple de l'engagement politique le plus absolu, cet art doit être fonctionnel, constructiviste, c'est-à-dire se fonder sur l'acquis de tout le mouvement d'avant-garde du début du siècle (futurisme, cubisme, etc.). Ce programme, qui est à la base de la brillante floraison artistique des années vingt en Russie soviétique, dans tous les domaines (poésie, théâtre, cinéma, architecture), tombera progressivement en une défaveur qui touchera vivement Maïakovski. Par sa personnalité hors pair, sa haute stature, ses dons d'orateur et de récitant, le style romantique de son existence intensément reflété dans ses œuvres lyriques comme dans sa fougue militante, enfin par un saisissant mélange de notes jubilantes et tragiques, Maïakovski est devenu pour ses contemporains, au-delà de son génie poétique, une véritable figure de légende.
1. Le Front gauche de l'art
Vladimir Vladimirovitch Maïakovski naît à Bagdadi, dans le Caucase, où il passe son enfance jusqu'à la mort accidentelle de son père, fonctionnaire des Eaux et Forêts. La famille Maïakovski se fixe alors à Moscou où elle vit pauvrement. Maïakovski interrompt ses études secondaires pour militer au Parti bolchevik. À dix-sept ans, il est arrêté et emprisonné. À l'Institut de peinture, de sculpture et d'architecture où il reprend ensuite ses études, il entre en contact avec quelques jeunes […]
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