Folkloriste soviétique, Vladimir Propp appartient à ce groupe de formalistes russes dans lequel figurent Jakobson, Tomachevski, Chklovski, Bakhtine et qu'unit une réflexion commune sur les rapports du langage et de l'œuvre littéraire. Moins éclectique que beaucoup de ses compagnons, il s'est consacré exclusivement à l'étude du folklore, sans se livrer à des généralisations théoriques. De l'analyse du conte de fées, qui constitue sans aucun doute l'essentiel de ses travaux et qui occupa vingt années de sa vie, il tire une méthode qu'il applique, sans rigueur excessive et avec un bonheur inégal, à la byline : Russkij Geroičeskij Epos (1955, L'Épopée russe), aux fêtes agraires : Russkie Agrarnye Prazdniki (1963, Les Fêtes agraires russes), à divers sujets du folklore russe et international. Il poursuit parallèlement, pendant quarante ans, son enseignement à l'université de Leningrad.
Dans son premier ouvrage, La Morphologie du conte (Morfologijaskazki, 1928), Propp reprend le problème embrouillé de la typologie des contes : comment mettre de l'ordre dans une matière aussi protéiforme et fugace que les contes de fées ? La question est anodine, mais la réponse ne l'est pas dans son irrévérence : toute classification est inutile, ou d'importance secondaire, car il n'existe qu'un seul conte, diversement modulé. En se fondant sur l'analyse d'un corpus, les contes merveilleux recueillis par Afanassiev dans la Russie du milieu du xixe siècle, Propp démontre que tout conte peut être ramené à une séquence unique, composée d'une série de fonctions : méfait initial, départ du héros, acquisition d'un auxiliaire magique, combat victorieux et retour triomphal sont parmi les principales. Certaines peuvent manquer (on en compte trente et une au total), mais l'ordre de leur succession est immuable. La prolifération des épisodes est ainsi réduite à une monotone simplicité ; le dragon qui ravit la reine, la jument qui piétine chaque nuit le pré d'élection du souverain ou les méchantes sœurs qui méditent la perte […]
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