4. L'apport fondamental de Vitruve
Ces observations sur la structure et les limites du De architectura ne doivent pas nous dissimuler la masse et l'intérêt des données contenues dans ces dix livres. L'aspect parfois négatif des exégèses modernes s'applique davantage à l'emploi sans discernement qu'on en faisait dans un passé encore récent qu'à la teneur même de l'exposé. Si la « marge utile » de celui-ci, c'est-à-dire la frange directement exploitable pour la compréhension ou la restitution des édifices romains, est plus étroite que ne le croyaient les architectes et les archéologues du néo-classicisme européen, son aspect documentaire n'est nullement négligeable.
Ce qu'on doit d'abord à Vitruve, c'est un effort systématique pour créer en latin un vocabulaire spécifique de l'architecture. L'entreprise était difficile, compte tenu de la haute technicité des vocables grecs, et, toutes proportions gardées, l'action du théoricien romain s'apparente à celle de Cicéron dans le domaine de la philosophie. Dans la terminologie du De architectura, on relève cent trente mots qui sont des hapax, de forme ou de sens. La plupart sont directement empruntés au grec, et ils gardent souvent leur morphologie d'origine, simplement translittérée en latin ; d'autres sont latinisés au moyen de suffixes. Mais beaucoup de ces termes ne sont pas attestés dans la littérature ou les inscriptions helléniques, car nous avons perdu les textes où ils auraient pu être employés. Il suffit, pour mesurer la dette que tous les historiens de l'architecture ont contractée à l'égard de Vitruve, d'imaginer un instant comment nous décririons un mur isodome ou un chapiteau corinthien si nous n'avions pas connaissance des chapitres correspondants de son traité. En fait, tout le vocabulaire des appareils et des ordres, encore couramment employé par les historiens modernes, vient du De architectura.
À cela s'ajoutent les nombreux renseignements techniques, le plus souvent fort précis, et qui se révèlent dans l'ensemble exacts, quand […]
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