2. Le vichnouisme
L'histoire du vichnouisme se développe en fonction de l'évolution qu'a subie la conception même du dieu. Le Ṛgveda ne contient pas d'hymnes à Viṣṇu en tant que tel, mais, dans la mesure où le Puruṣa apparaît comme l'une des composantes majeures de la physionomie ultérieure de celui-ci, on peut considérer que le Puruṣasūkta se relie au vichnouisme. Il s'agit, on l'a vu, de l'hymne X.90, qui donne pour origine à la création du monde le sacrifice du Géant cosmique.
Dans les antiquités vichnouites, la position centrale du Puruṣa par rapport au sacrifice figure parmi les caractères qui continueront d'imprégner la pensée plus tardive. L'une des upaniṣad védiques qui relèvent du Yajurveda noir, et que l'on a de bonnes raisons de tenir pour ancienne, se réfère au dieu sous son nom de Nārāỵana : il s'agit de la Mahānārāyaṇa Upaniṣad, laquelle s'inscrit à la suite des passages du Śatapatha Brāhmaṇa, qui les premiers exaltaient le porteur de ce nom.
Le bhāgavatisme, lié plus directement à l'aspect krishnaïte du dieu, doit être regardé comme une forme ancienne de la religion. À ce moment, Kṛṣṇa n'est pas encore tenu pour un avatāra ; il est le Dieu personnel dans sa totalité, le Bhagavant, ce gracieux Seigneur qui laisse accéder à lui ses fidèles (bhakta) pour participer à son être. Une telle position est attestée au iie siècle avant J.-C. par une inscription de Besnagar, dans le centre de l'Inde : le dédicataire du pilier porteur de l'inscription se déclare bhāgavata, disciple du Bhagavant. L'intérêt de ce texte se double du fait qu'il atteste la fusion, dès cette époque, de Viṣṇu et de Kṛṣṇa, car, si le nom divin mentionné est celui, krishnaïte, de Vāsudeva, la colonne porte un Garuḍā, monture et emblème de Viṣṇu.
Il se peut que la Bhagavad Gītā soit quelque peu antérieure. On a récemment émis en Inde l'hypothèse selon laquelle elle aurait été le noyau central du Mahābhārata (S. Jaisval) ; autour de cet enseignement du krishnaïsme bhāgavata serait venu se grouper un ensembl […]
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