« Toute la conduite de notre vie dépend de nos sens, entre lesquels celui de la vue étant le plus universel et le plus noble. Il n'y a point de doute que les inventions qui servent à augmenter sa puissance ne soient des plus utiles qui puissent être » (Descartes, La Dioptrique, 1633). Diverses enquêtes ont indiqué, en ce qui concerne la France, qu'environ 75 p. 100 de la population ont une vision imparfaite, dont la correction optimale n'est assurée que dans un cas sur deux ou trois. De ce fait, beaucoup d'hommes, de femmes et d'enfants souffrent de fatigue ou de maux de tête, ou subissent une aggravation progressive de leurs déficiences visuelles.
Ces déficiences ont de graves conséquences : les services de la sécurité routière ont estimé qu'un tiers des accidents mortels de la circulation sont dus à des défauts ou à des gênes dans la vision ; d'autre part, certaines entreprises ont diminué les risques et amélioré la qualité du travail en assurant au mieux la protection des yeux et la correction des inaptitudes visuelles.
En dehors des spécialistes, bien rares sont les personnes correctement informées des conditions d'une bonne (ou d'une mauvaise) vision. En France, les programmes de l'enseignement sont, à ce sujet, d'une surprenante insuffisance. Il est vrai que le vocabulaire utilisé dans ce domaine est quelque peu rébarbatif, que les caractéristiques oculaires peuvent varier notablement, d'un sujet à un autre, et que l'optique physiologique, pour pouvoir répondre à tous les problèmes, exige bien des recherches, d'autant plus laborieuses qu'elles devront porter sur de très nombreux individus.
Il paraît pourtant possible de présenter déjà des résultats moyens, d'un intérêt théorique appréciable, et susceptibles d'utiles applications ; c'est ce qui sera tenté dans les pages qui suivent. On n'insistera toutefois pas sur la fatigue visuelle (parce qu'on n'a pas encore réussi à en faire l'objet de véritables mesures), ni sur les perceptions chromatiques, qui sont étudiées dans l'article couleur.
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