3. Une œuvre pionnière
Le développement des recherches féministes a renouvelé l'intérêt suscité par l'œuvre de Violette Leduc. En s'efforçant, comme elle le confie elle-même, « de rendre le plus exactement possible, le plus minutieusement possible les sensations éprouvées dans l'amour physique » par une femme, notamment dans Thérèse et Isabelle, elle a contribué de manière décisive à la levée des tabous qui pesaient sur les amours homosexuelles. Elle apparaît ainsi comme une pionnière dans la description de l'érotisme lesbien. Bien plus, en se refusant à toute assignation identitaire dans le domaine sexuel, et en s'insurgeant contre les « étiquettes » au nom de l'immense variété des possibilités amoureuses, elle jette, avant la lettre, le « trouble dans le genre » (pour reprendre un titre de Judith Butler) et prépare, en décrivant ce qu'elle vit, les réflexions théoriques qui se développeront sur ce sujet à partir des années 1990.
Par-delà ces percées dans des domaines particuliers, Violette Leduc intéresse cependant un public plus large que fascine la luxuriance baroque d'une écriture capable de transfigurer le quotidien le plus sordide. Tout lecteur peut aussi retrouver un écho de ses propres préoccupations dans l'exploration qu'elle propose des contradictions du désir et du tragique de la solitude.
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