4. D'une « Norma » à l'autre
Pour nous, Bellini est d'abord, c'est vrai, l'auteur de Norma. À son époque, cet opéra, d'abord médiocrement accueilli, était parvenu peu à peu à plaire au public. Les Martyrs de Chateaubriand (1809) avaient mis la Gaule à la mode : un opéra druidique ne pouvait que toucher. Et la cavatine chantée à la Lune par Norma sa prêtresse, « Casta Diva », interprétée alors par Giulia Grisi, naguère par Maria Callas ou par Montserrat Caballé, aujourd'hui par June Anderson, reste une des expressions les plus pénétrantes et les plus nostalgiques du genre humain ; quant au finale de Norma, il s'agit de l'une des plus belles scènes qui soient au théâtre lyrique. Théophile Gautier reconnaissait que dans cette partition « l'instinct passionné de l'art s'élève de lui-même à ce que la science a de plus élevé, et que l'inspiration plane sans peine bien au-delà des régions que l'étude peut atteindre ».
Fallait-il pour cela dépasser la tragédie d'Alexandre Soumet ? Plus que jamais se pose le problème du livret, mais d'un livret ici transcendé par une musique géniale. On aurait tort de croire que le compositeur romantique s'inspire toujours nécessairement d'un écrivain romantique. Sans doute Bellini s'est-il intéressé à Ernani, sans véritablement aboutir, et avant que Verdi ne traite le sujet. Mais il a composé son premier opéra, Adelson e Salvini, d'après une « anecdote anglaise » de François-Thomas-Marie de Baculard d'Arnaud, un écrivain du xviiie siècle, son cinquième, Zaira, d'après une tragédie de Voltaire.
Pour son huitième opéra, Norma, en 1831, au milieu de sa carrière, la situation est beaucoup plus ambiguë. En effet, l'écrivain français – Alexandre Soumet (1786-1845) – dont le librettiste Felice Romani a tiré le texte est un néo-classique et un romantique à la fois. Bellini se situera donc à certains égards au-delà et à certains égards en deçà de lui
C'est au théâtre qu'Alexandre Soumet doit ses plus grands succès, à partir de Clytemnestre en 1822, dont le jeune Victor Hugo loue les […]
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