4. Arles, Saint-Rémy et Auvers : le grand Van Gogh (1888-1890)
Si l'annonce du prochain mariage de Théo – ressenti comme une sorte d'abandon – semble bien la raison profonde qui décida Van Gogh à quitter Paris, d'autres motivations, d'ordre pictural celles-là, plaidaient depuis quelque temps déjà en faveur de cet éloignement : les dernières œuvres de la période parisienne, tels Les Livres jaunes (automne 1887 ; coll. part., Suisse) ou encore l'Autoportrait au chevalet (début 1888 ; Rijksmuseum V. Van Gogh, Amsterdam), montrent en effet que l'artiste commençait à prendre ses distances vis-à-vis du système impressionniste, trop allusif à son goût, pour reconquérir l'unité structurelle de l'image et se concentrer sur les virtualités expressives et symboliques de la forme et de la couleur.
Le séjour à Arles (févr. 1888-mai 1889) est pour Vincent l'occasion d'une découverte essentielle : celle de l'éblouissement solaire du Midi, qui, en imposant à sa palette une plus grande intensité de tons et en lui suggérant des accords chromatiques d'une puissance inédite, va transmuer toutes les données de son art. Même le graphisme de ses dessins, parvenu à une maîtrise supérieure, trouve alors des accents nouveaux pour transcrire la vibration colorée et lumineuse des apparences sensibles. Confondue, pour ainsi dire, avec la lumière, la couleur, qui est aussi matière, confère aux êtres et aux choses un surcroît de présence et de réalité, en même temps qu'elle met en évidence leur dimension spirituelle : à l'harmonie souveraine du jaune et du bleu dans La Plaine de la Crau (juin 1888 ; Rijksmuseum V. Van Gogh, Amsterdam), image de prospérité et de quiétude, véritable chant apollinien d'une rigueur toute classique, aux accords stridents mais tempérés par de grandes plages de noir et de vert de L'Arlésienne (nov. 1888 ; Metropolitan Museum, New York), on opposera par exemple la fulgurance des tons dans Terrasse de café, la nuit (sept. 1888 ; musée Kröller-Müller, Otterlo), où s'expriment un délire […]
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