Né à Quimper, Jacques de la Villeglé a rencontré Raymond Hains en 1945 à l'École des beaux-arts de Rennes : à partir de là, ils devaient travailler ensemble de nombreuses années durant. Dès 1947, à Saint-Malo, il commence à collecter des « objets trouvés » : fils de fer ou « débris éclatés du mur de l'Atlantique », et abandonne des études d'architecture pour s'installer à Paris à la fin de 1949. Ayant « pris ses distances vis-à-vis de l'acte de peindre et de coller » et certain que « l'absence de préméditation, de toute idée préconçue, devait devenir, non seulement pour [lui] mais universellement, une inépuisable source d'art, d'un art digne des musées », il arrache avec Hains des affiches lacérées sur les murs et met au point les « lettres éclatées » qui devaient leur servir à composer Hépérile éclaté, le poème de Camille Bryen qu'ils rendent « illisible » à partir de sa déformation à travers des verres cannelés. Les films Pénélope, Loi du 29 juillet 1881 et Défense d'afficher doivent autant au regard de Villeglé qu'à celui de Hains. Ayant suivi les récitals de poésie lettriste, ou ultralettriste, de François Dufrêne, ils vont former avec lui, en 1954, une sorte de groupe semi-clandestin, qui devance l'avant-garde des années 1960. Après la première exposition des affiches lacérées de Hains et Villeglé chez Colette Allendy en 1957, Villeglé soulignera avec clarté la différence entre ce qu'il appelle la « lacération anonyme » et le collage : « Il y a 500-600 ans les peintres s'éveillant à un nouveau mode de représentation découpaient des vedute dans le rideau qui servait de fond aux tableaux religieux ; „Lacéré anonyme“ de même ouvre de quatre coups de rasoir une fenêtre dans le mur de signes fonctionnels de l'affiche. » En mai 1959, Hains, Villeglé et François Dufrêne exposent chez ce dernier « dessus » et « dessous d'affiches », et se manifestent de même par leur exposition conjointe à la première biennale des Jeunes de Paris, où leur travail fait sensation. Ils cosignent tous trois […]
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