3. Les villes coloniales
Au xvie siècle commence l'aventure du colonialisme européen ; les Portugais prennent pied sur les côtes d'Afrique et en Inde ; avec les Espagnols, ils se partagent les territoires du continent américain ; puis les Hollandais, les Français et les Anglais se fixent en Extrême-Orient, en Afrique australe et en Amérique du Nord. En Asie, les États indigènes résistent victorieusement, et les nouveaux établissements se limitent à de petits comptoirs maritimes, comme Goa ou Macao. En Afrique et au Brésil, les colonisateurs ne se soucient pas de pénétrer au-delà de la bande côtière. Sur les hauts plateaux du Mexique, du Pérou, et, plus tard, dans les plaines septentrionales d'Amérique, les Européens s'installent au contraire à la place des populations indigènes et doivent créer un nouveau système d'occupation du sol.
Ainsi, dans les espaces vides des autres continents s'offre à la société de la Renaissance l'occasion qu'elle avait manquée en Europe : la construction, sur une grande échelle, de nouvelles villes de toutes dimensions. Chaque nation aborde le problème avec ses propres traditions. Les Portugais cherchent les lieux où peut être reproduit le modèle courant dans la mère patrie : une hauteur escarpée dominant une baie (São Paulo de Luanda, Bahia, Rio de Janeiro, Natal). Les Hollandais répètent obstinément le modèle national de la ville à canaux parallèles, et leur sens de la géographie les porte à fonder, en des lieux adaptés, quelques-unes des plus grandes villes du monde moderne (Le Cap, Djakarta, New York). Les Espagnols appliquent dans tout le continent américain, avec une régularité monotone, un dispositif élémentaire en damier, produit bureaucratique et appauvri de la culture géométrique européenne. À la suite des conquérants, les xumetricos – tel García Bravo, l'assistant de Cortés – projettent et réalisent sur ce modèle beaucoup de grandes villes (Mexico, Lima, Oaxaca, Buenos Aires, Santiago, Quito, Bogotá), et sont les seuls à bénéficier, sur une grande échelle, d'occasions qui manquent au contraire en Europe à des artistes plus compétents. Celui qui détient la culture ne peut donc en faire l'application à l'échelle urbaine, et celui qui en manque définit le nouveau paysage urbain de tout un continent : cette répartition désastreuse des énergies résume l'échec de la civilisation de la Renaissance en matière de création urbaine. Plus tard, le modèle du damero colonial, diffusé au xviiie siècle dans le cadre de la civilisation des Lumières, servira de base à la plus grande entreprise de transformation territoriale du monde moderne – l'urbanisation des États-Unis.
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