4. Après Palladio
C'est au xviiie siècle que la villa, c'est-à-dire la demeure de plaisance, redevient un thème majeur de l'architecture. Elle doit une fois de plus son succès à la recherche d'une compensation à l'épuisante vie urbaine, dans une « Arcadie » qui associe l'architecture à l'innocence des mœurs ou au calme de l'étude. En Italie même, il s'agit moins d'un retour à Palladio que d'une amplification des formules les plus brillantes du xvie siècle : villa de Passignano près d'Udine, par exemple. En Grande-Bretagne, où la gentry souhaitait des créations originales et élégantes, l'action de lord Burlington, épris du modèle vénitien, des publications comme celle du Vitruvius britannicus, des ouvrages rigoureusement réguliers comme ceux de Kent sont à l'origine d'une vague extraordinaire de variations « palladiennes ». En France, où le château domine toujours la construction des demeures, c'est seulement dans le parti léger des « folies » comme celle de Bagatelle par Bélanger (1775), ou dans des bâtiments annexes comme le logis de l'abbé à Royaumont par Le Masson (1785) qu'on retrouve l'esprit et les formes des modèles italiens. Mais la notion de « villa » n'apparaît guère qu'au xixe siècle, comme un programme spécifique de résidence non urbaine qu'illustre, par exemple, une construction de Labrouste à Neuilly (1860).
Au temps de la civilisation bourgeoise, la villa est devenue, dans tous les pays d'Europe, la banalité même. Elle admet toutes les solutions et, favorable à tous les éclectismes, elle va de l'invention gratuite et charmante (Hector Guimard à Sèvres) au pavillon populaire dont la nullité architecturale fait oublier la haute valeur sociale et culturelle qu'a pu avoir ce type d'architecture à la Renaissance. Les architectes novateurs ont rendu, dans certains cas, un sens au thème de la demeure suburbaine, lieu de repos dans un espace de nature privilégiée : Frank Lloyd Wright avec les prairie houses (à partir de 1893) du Michigan, Brover avec les résidences californiennes, Le Corbusier avec la villa Savoye (1929) à Poissy, Alvar Aalto avec la villa Mairea (1939), Finlande. Inspirées par les demeures de campagne admirées le long des berges du canal, le Bloemenwerf, Van de Velde réalise de nombreuses villas conçues dans un idéal d'art total, dont les siennes à Bruxelles (1864-1895) et Hohe Pappeln (1908) à Weimar.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 4 pages…



