Celui dont les compositions illuminent le film de Satyajit Ray Le Salon de musique (1958) fut en quelque sorte l'anti-Ravi Shankar. Ustad (« maître ») Vilayat Khan jouait lui aussi du sitar. Mort le 13 mars 2004 à Bombay, il était né à Gowripur, dans l'est du Bengale devenu aujourd'hui le Bangladesh. Mais, alors que Ravi Shankar se fit un devoir de populariser les rāgas indiens dans le monde entier, quitte à les associer au rock ou au jazz, Vilayat Khan tint pour sa part à révolutionner la tradition de l'intérieur, en particulier en développant le style gāyakī ang, époustouflants dialogues de la voix et du sitar qui s'imitent et se répondent.
C'est de son père Enayat Khan, descendant d'une lignée de six générations de virtuoses, qu'il apprend les rudiments de l'art du sitar, l'instrument roi de la musique hindoustanie (de l'Inde du Nord), sorte de luth comprenant sept cordes mélodiques et une quinzaine de cordes sympathiques. À la mort de son père, en 1938, il commence à se perfectionner au chant classique khyāl avec sa mère Bashiran Begum, et au sitar avec ses oncles, dans le sillage de la Imdadkhani gharānā, école stylistique qui tient son nom […]
