3. Les goûts et les convictions d'un maniériste éclectique
Dans les chapitres introductifs aux Vies, qu'il s'agisse du débat sur la primauté des différents arts (résumé de l'enquête d'un membre de l'Académie florentine, Benedetto Varchi, auprès des artistes) ou des exposés sur les diverses techniques artistiques, l'accent est sans cesse mis sur la supériorité des aspects intellectuels, sur la subtilité de la conception, l'ingéniosité créative, la profondeur des idées symbolisées et des émotions véhiculées. Le dessin, père des trois arts, se révèle double : disegno interno qui n'est autre que l'image de l'œuvre à venir dans l'esprit de l'artiste, avatar de la pensée néo-platonicienne, et le disegno esterno, traduction de ce concept sur le papier par la main exercée qui obéit à cette injonction mentale.
Mais le second moment de l'art est celui de l'observation de la nature : l'esquisse est confrontée à l'étude du modèle vivant. Le but de l'art est l'illusion de la réalité, la fidélité et la ressemblance, et Vasari admire tous les progrès accomplis dans les procédés artistiques qui l'ont favorisé, comme l'invention de la peinture à l'huile attribuée à « Jean de Bruges » (Van Eyck). En peintre qui, comme il le dit lui-même, n'a cessé de relever des défis à la limite de l'impossible par l'ampleur et les délais impartis, Vasari admire chez les autres la prouesse, la virtuosité, l'ardeur et la fécondité, et il reprend à son compte l'idéal de la sprezzatura, la trompeuse aisance, que Baldassare Castiglione conseillait en tout à son Courtisan. Vasari est en effet un artiste de cour et cette situation, si elle lui a paru parfois éprouvante, a agi sur lui comme un perpétuel aiguillon, le poussant à démontrer son talent et à « stupéfier » par des œuvres jamais vues. Les Vies sont ainsi un monument à sa propre gloire et à la gloire d'artistes présentés comme des êtres exceptionnels.
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