7. La vie et la mort
Paradoxalement, ce qui caractérise le vivant est le phénomène d'usure progressive et de cessation définitive de ces fonctions, plus que leur existence même. C'est leur mort qui qualifie les individus vivants au sein du monde, c'est son inéluctabilité qui rend sensible l'apparente exception qu'ils instituent relativement aux contraintes thermodynamiques. En sorte que la recherche des signes de la mort est, au fond, la recherche inversée d'un signe irrécusable de la vie.
La théorie de A. Weismann (1885) sur la continuité du plasma germinatif opposée à la mortalité de son support somatique, les techniques de culture de tissus embryonnaires (Alexis Carrel, 1912) ou de culture pure de bactéries ont introduit, en biologie générale, la notion d'immortalité potentielle du vivant unicellulaire, mortel seulement par accident, et ont accrédité l'idée que le vieillissement et la mort naturelle, au terme d'une durée spécifique de vie, sont liés à la complexité des organismes hautement intégrés. Dans de tels organismes, chaque constituant élémentaire est soumis à une limitation de ses potentialités, du seul fait de l'exercice, par les autres constituants, de leurs fonctions respectives. Mourir est le privilège, ou la rançon, en tout cas le destin des machines naturelles les mieux régulées, les plus homéostatiques.
Considérée du point de vue de l'évolution des espèces, la mort est la fin du sursis que la pression de la sélection accorde à des mutants momentanément plus aptes à se situer dans un certain contexte écologique. La mort dégage des voies, libère des espaces, ouvre fallacieusement l'avenir à des formes imprévues de vie pour qui la dernière heure sonnera aussi.
Considérée du point de vue de l'individu, la mort est une échéance inscrite dans son patrimoine génétique, comme si son anéantissement et son retour à l'inertie, passé un délai certain, lui étaient imposés comme son ultime devoir.
On peut alors se demander pourquoi une théorie comme celle que Freud a esquissée s […]
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