4. Vertu et sublimation
La vertu se voudrait une réponse donnée par avance aux stimulations fortuites de l'existence, elle a pour ambition de mettre en quelque sorte le sujet au-dessus de son destin. Mais à quel prix y réussirait-elle ? Socrate, disait Kierkegaard, jugeait tout avec l'impassibilité d'un mort. Serait-ce que la vertu ne puisse appartenir qu'à un mort, dont la seule ruse consisterait à nous faire croire qu'il est encore vivant ? La vertu est abstinence, recueillement, « silence des passions », écrivait Rousseau.
Mais, si la vertu a aujourd'hui encore un sens, c'est parce que sous ce terme nous désignons une force, dont nous aimerions dire qu'elle fait autorité en son genre. La vertu, c'est cette qualité dans laquelle le sujet parvient à s'exprimer, cet ordre qui se constitue progressivement, en dehors de tout projet conscient, ce désir que le courage consiste à contrecarrer le moins possible dans ses manifestations. En ce sens, le principe de la vertu est au-delà de la morale, au-delà du fini et au-delà de la mesure. Et, certes, vouloir se conformer à une législation universelle, c'est alors agir comme si, soi-même, l'on était mort. « Il faut, écrit Nietzsche, qu'une vertu soit notre création, notre défense, la nécessité la plus personnelle dans le besoin : sous toute autre acception, elle n'est qu'une menace. »
Créatrice, la vertu l'est parce que le ressort de sa création lui échappe, qu'elle a voulu l'oublier pour mieux développer sa tendance à la perversion et à la déviance, mais dans une forme nouvelle qu'elle a su inventer. Si la sublimation est une perversion originale et qui réussit, alors la vertu issue du besoin est la sublimation même. « L'impuissance originelle de l'être humain, écrit Freud, devient ainsi la source première de ses motifs moraux. » Quel est en effet le prix de la morale, sinon cette stratégie grâce à laquelle nous nous rendons à autrui tolérable, et apprenons à supporter l'autre ?
On comprend mieux alors comment la recherche d'une h […]
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