La décennie 1890-1900, en Suède, est tout entière dominée par l'altière figure de cet aristocrate qui, né au bord du Vättern, allait donner, après une quarantaine d'années d'errances à travers le monde, à son pays l'œuvre classique, nationaliste et humaniste qui lui manquait.
Tous les prestiges de la fin du siècle ont concouru à enrichir sa figure. Enfant maladif, il a connu l'Orient, la Grèce et Rome pour trouver ce soleil invincible qu'il tentera, d'abord, de fixer en peinture, à Paris surtout où il sera l'élève de Gérôme. Après sa rencontre avec Strindberg, en 1884, il opte pour les lettres, et son premier recueil de poèmes, Pèlerinages et années d'errances (1888), fait de lui un néo-romantique pittoresque et enjoué, à la recherche pourtant d'une personnalité profonde, recherche que toute son œuvre poursuivra désormais. L'inspiration se précise avec Renaissance (1889), ouvrage où s'affirment les droits souverains de l'imagination. Mais le premier chef-d'œuvre, Hans Alienus (1892), est d'une tout autre portée : vaste épopée où vers et prose se mêlent, ce roman découvre l'étrangeté foncière du monde moderne pour qui porte en soi un amour souvera […]
