6. Un artiste reconnu de son vivant
Vermeer est souvent cité en exemple lorsque l'on évoque les « génies méconnus ». Pourtant, le simple fait que ses œuvres aient été préservées dans leur quasi-totalité prouve déjà qu'elles furent toujours appréciées. Il les vendait d'ailleurs à un bon prix. Il fut élu à quatre reprises vice-doyen de la guilde des peintres. Dans sa Description de la ville de Delft de 1667, Van Bleyswyck cite également Vermeer dans une brève liste de « peintres encore vivants » dont il était le plus jeune. Pendant nombre de générations le Groote Schouburgh der Nederlantsche Konstschilders (1718-1721), d'Arnold Houbraken, demeura la seule source d'informations sur les peintres hollandais du xviie siècle. Mais cet auteur était fort mal renseigné au sujet des peintres de Delft ; et les données qu'il fournit sur Vermeer sont des plus sommaires. Le nom de Vermeer tomba ainsi dans l'oubli. Cependant, ses peintures se trouvaient au xviiie siècle dans les meilleures collections.
Dès la fin du xviiie siècle, on connaît des propos enthousiastes d'amateurs éclairés qui eurent fortuitement l'occasion de voir un Vermeer (Joshua Reynolds, J. B. P. Lebrun, C. Josi). En mai 1822 le Mauritshuis qui avait été inauguré à La Haye quelques mois auparavant acheta la Vue de Delft pour la somme, considérable à l'époque, de 2 900 florins. Des progrès dans la connaissance du peintre ne purent être faits qu'après l'installation en Hollande du démocrate radical français Théophile Thoré, exilé à cause de son rôle dans la révolution manquée de 1848. Thoré prit alors la peine de collecter pendant de longues années des indications relatives à Vermeer et de les compulser. En 1866, il publia sous le pseudonyme de William Bürger le fruit de ses travaux dans la Gazette des beaux-arts : une étude enthousiaste qui devait réhabiliter la renommée de grand maître de Vermeer. Il édifia ainsi une base solide à la reconstitution de l'œuvre réduite de Vermeer.
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