3. Peintre du roi et courtisan
Ambitieux, Velázquez ne peut se contenter d'être le meilleur parmi les peintres du roi. En obtenant en 1633 la charge d'huissier de la cour, il entreprend une carrière de courtisan qui le conduira à la plus haute charge en 1652, celle d'aposentador de palacio (grand maréchal du palais) et qui lui vaut en 1658 le titre convoité de chevalier de l'ordre de Santiago. Ces dignités dégagent Velázquez du système corporatiste de sa profession, l'intègrent au cercle des courtisans cultivés et expliquent sans doute en partie le nombre réduit de ses œuvres, une centaine environ.
Sa première tâche est de faire le portrait de la famille royale. Avec Baltasar Carlos et un nain (1631, Museum of Fine Arts, Boston), il réalise, avant La Leçon d'équitation (Eaton Hall, duc de Westminster), sa première mise en scène de la vie de cour : un cadre sommaire, dans une harmonie de tons rougeoyants, dégage les visages de l'héritier du trône et du serviteur, traités avec réalisme. Ce sens de la dignité humaine, exprimée par une grande économie de traits et des jeux raffinés de lumière et d'ombre, s'impose dans la galerie de portraits des nains et bouffons de la cour (Prado). Avec Philippe IV en brun et argent (1632, National Gallery, Londres) apparaît la technique des empâtements brossés rapidement pour suggérer les broderies : ce rejet d'une transposition précise de la matière concourt paradoxalement à rendre l'illusion de la vie (Philippe IV à Fraga, 1644, Frick Collection, New York). Ses portraits privés révèlent, par l'attitude empreinte de naturel et l'expression du regard, une acuité psychologique indéniable : la pose solennelle de Don Pedro de Barbarana (Kimbell Art Museum, Forth Worth) ne masque pas le réalisme presque brutal du regard ; la coquetterie de La Dame à l'éventail (Wallace Collection, Londres) est exprimée avec subtilité.
Avant même d'occuper une fonction officielle sur les chantiers royaux (1647), Velázquez dut prendre une part active dans l'insta […]
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