L'Inde moderne doit à Nehru son image et son rayonnement. Mais l'homme qui l'a édifiée pièce à pièce avec la patiente et indomptable obstination de ces hommes d'État dont l'histoire est avare fut Patel. « Si Patel avait vécu... », la question se pose au détour de toutes les réflexions sur l'évolution de l'Inde contemporaine ; l'équipe dirigeante que l'Inde s'est choisie en 1977 et qui comporte nombre de ses lieutenants témoigne de cette nostalgie. Exemple de réalisme et de détermination pour les uns, il apparaissait en revanche comme un conservateur invétéré et dictateur en puissance pour la gauche. La bonté profonde de cet homme bourru explique l'hommage que rendent aujourd'hui à Vallabhai Patel, au sardar (commandant), ces princes de l'« Inde indienne » (par opposition à celle qui était placée sous l'administration directe de la puissance coloniale) qu'il a, avec leur consentement, dépouillés de leurs pouvoirs. Selon l'un d'entre eux, le mahārājah de Dhrangadhra, « L'histoire conservera du sardar Vallabhai Patel le souvenir du grand unificateur d'un sous-continent, divisé en une multitude d'entités territoriales et politiques... » (in This Was Sardar, Ahmedabad, vol. I, 1974). En effet, l'unification de l'Inde au lendemain de l'indépendance fut son œuvre maîtresse.
La force inébranlable, qui fit de lui l'« homme d'airain » de l'Inde, explique l'hostilité que lui a vouée la gauche indienne ; celle-ci ne lui pardonna ni son opposition aux inclinations progressistes de Nehru, ni la dure répression des mouvements insurrectionnels communistes en 1949-1950, ni une apparente préférence pour la communauté hindoue majoritaire, et alla jusqu'à évoquer la responsabilité directe du ministre de l'Intérieur qu'il était lors de l'assassinat de Gandhi en 1948.
Seule une carrière politique témoignant d'un grand dessein poursuivi avec conviction pouvait susciter d'aussi âpres controverses.
Né à Nadiad, près de Surat, au Gujarat, Vallabhai Patel est le second fils d'une famille de pays […]
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