2. L'arrogance et la tradition (1435-1448)
Le paradoxe de la pensée de Valla tient au caractère contradictoire de son concept de la tradition. Comme les grands humanistes héritiers de Pétrarque, il ne manque jamais de revendiquer l'usage (consuetudo) de la langue latine et des Pères de l'Église contre la logique et la théologie scolastiques. Mais, inversement, en valorisant Quintilien contre Cicéron, c'est-à-dire une pédagogie et une codification stylistique contre l'usage réel de la langue, il rompt le contrat humaniste et scandalise ceux qui choisissent sans nuance le droit de l'histoire contre toute norme idéale. Sous la plume de ceux-ci, il est le barbare, et il le leur rend bien : « C'est à peine, à mon avis, si je vois un seul domaine où je ne puisse apporter quelque chose de nouveau » (« Lettre à Tortelli », citée in Camporeale, p. 225) ; « ce que personne ne comprenait, j'ai cru que moi seul je l'avais compris » (« Lettre au cardinal Scarampi », 19 nov. 1443).
En réalité, Valla découvre dans ses lectures d'Ockham et de Paul de Venise, lors du séjour à Pavie, que l'humanisme ne pourra prendre le relais de la conscience critique de la scolastique finissante s'il ne s'appuie que sur la morgue des lettrés de la génération précédente. Loin de replier la conscience philologique sur un culte exclusif de la forme pure, aussi vide en dernière analyse que les jeux logiques auxquels elle prétend apporter remède, Valla propose déjà, comme plus tard Politien dans sa lutte contre le cicéronisme curial, une autre dialectique, ni transcendante ni formaliste, mais réelle, c'est-à-dire capable d'épouser l'historicité des signes à l'âge du déclin des essences. Une telle dialectique sera définie comme un sous-ensemble et un moment de la rhétorique, seul usage concret et accompli des puissances cognitives de la langue. C'est dans cette perspective de relativisation et d'intégration de l'ancien trivium qu'il faut lire ce bel éloge du latin et du grec : « Tandis que tout le monde navigue sur le petit lac […]
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