5. Valeurs et motivation
• La motivation contre la loi morale
Mais que faut-il entendre par « motivation » ? En un sens fort, il s'agit d'une impulsion pour agir. Elle peut être effective, ou bien simplement exigée. Les valeurs morales ne nous motivent pas nécessairement, mais elles le devraient. En un sens bien plus faible, il s'agit d'une inclination, d'une tendance de nos appréciations. Chez certains auteurs comme Bernard Williams, croire, par exemple, qu'un acte est injuste n'est une « raison » de le condamner que si cette croyance dispose en outre d'une force de motivation. Il veut dire par là qu'elle oriente nos délibérations en ayant une influence sur notre « ensemble motivationnel », l'ensemble de nos tendances, qui dépend de notre histoire personnelle. La notion de motivation exige donc que l'on se place du point de vue de la première personne. Pour Williams, on ne peut donc pas prétendre que la valeur morale d'une action n'a pas de connexion nécessaire avec les motivations qu'elle induit en nous en première personne. C'est pourtant la position du plus éminent philosophe de la morale, Kant, pour qui l'obligation morale doit être indépendante des motivations psychologiques ; sinon, elle appartient à l'ordre de la nature, non à celui de la liberté, et n'est donc pas morale. Williams soutient à l'inverse que nos raisons, pour suivre une règle morale, ne peuvent pas être externes à nos motivations (il se dit donc internaliste, et qualifie Kant d'externaliste).
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