2. Valeurs et institutions sociales
• Norme et valeur
En voyant dans la société la source de toute valeur, Durkheim pouvait justement opposer les valeurs collectives aux désirs individuels. Il s'appuyait sur l'unification que permettaient le concept de valeur et celui de norme entre les domaines économiques, esthétiques et moraux, afin de mettre les différentes valeurs sur le même plan. Durkheim et ses successeurs préféreront d'ailleurs souvent parler de normes plutôt que de valeurs. Les normes sont collectives, elles s'imposent à l'individu, elles le dépassent et guident ses jugements. L'individu découvre à travers elles les valeurs que sa société produit. Durkheim voyait dans les normes l'impact sur l'individu de l'« autorité morale » de la société, qui se manifeste par le respect que nous avons pour elles, par la contrainte qu'elles exercent, enfin par les passions, les émotions communes que nous inspirent les réunions rituelles ou de masse. Cette force morale sociale peut aller à l'encontre de toute considération utilitaire relative aux conséquences nuisibles ou utiles de nos actes. Le Durkheim des Formes élémentaires de la vie religieuse (1912) nous suggère même que le critère de la puissance de la société, c'est justement qu'elle peut nous faire aller contre tout conséquentialisme individuel ou même collectif. Mais s'il faut sûrement tenir compte de la puissance sociale qui détermine en grande partie nos valeurs effectives, ce n'est cependant pas pour sa puissance que nous accordons de la valeur à la société.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 15 pages…



