2. Du symbolisme à l'académisme
Brioussov débuta, en février 1894, dans le premier des trois cahiers intitulés Les Symbolistes russes. À la fin de la même année parut le deuxième cahier et, en été 1895, le troisième. C'est ce dernier qui rendit Brioussov célèbre avec une poésie composée de ce seul vers :
Oh, recouvre donc tes jambes blêmes !
Cette « poésie » eut le don d'exaspérer, entre autres, Tolstoï et Tchekhov. Celui-ci s'exclama : « Tous ces décadents sont de solides moujiks, pourris par l'oisiveté. Et leurs jambes ne sont pas du tout « blêmes », mais poilues, comme celles de tout le monde. »
Ce sont pourtant ces trois minces fascicules dirigés par Brioussov qui introduisirent en Russie l'« art nouveau » et furent à l'origine d'un véritable renouveau artistique et culturel. Ils firent de Brioussov un chef de file incontesté, le maître vénéré de toute une génération.
En 1895 paraît le premier des quatorze recueils qui constituent l'œuvre poétique de Brioussov. Ce recueil s'intitule Chefs-d'œuvre. Il s'inspire de Baudelaire, de Verlaine, de Rimbaud, de Vielé-Griffin et d'Henri de Régnier. L'érotisme en est le thème central. Un érotisme hiératique et glacé, fortement teinté de sadisme, qui restera un des thèmes permanents de Brioussov. Le deuxième thème du recueil est l'exotisme. Le troisième est le thème de la ville, du paysage urbain emprunté aux Fleurs du mal.
En 1897 paraît un deuxième recueil, Me eum esse. Le monde y apparaît comme une ombre, une représentation toute personnelle et abstraite du poète. L'artiste crée ce monde idéal, sa propre réalité esthétique. Dans cet univers imaginaire, il se sent tout-puissant :
Je ne vois pas notre réalité,
Je ne connais pas notre siècle,
Je hais ma patrie,
Je n'aime que l'idéal créé par l'homme...
Me eum esse représente une étape importante dans l'évolution du symbolisme russe. Brioussov crée la conception du poète-démiurge et exalte la puissance de sa volonté créatrice. C'est là une sorte de schéma abstrait auquel d'autres, plus doués que lui, Blo […]
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