2. Mystère de la parole
On identifie chez Novarina quelques figures récurrentes, le tube et le trou, à la fois blessure et orifice, puisqu'il n'est question que d'oralité. Le propos se fait parfois discrètement, abstraitement, politique, comme dans Le Babil des classes dangereuses (1978), où la parole de ceux qu'il s'agit de faire taire finit par tout engloutir. La Lutte des morts (1979) met en scène un gouffre où bouillonnent les langues mortes. Le Drame de la vie offre l'image d'une Création rivalisant avec celle de la Genèse et qui multiplie à l'infini le geste de la nomination. Comme dans la Bible, on compte dans ce débordement généalogique 2 587 personnages aux noms inventés, ou empruntés avec une certaine maniaquerie à l'annuaire. Novarina pratique sans relâche l'énumération, les listes hallucinantes : 1 111 noms d'oiseaux dans le Discours aux animaux ; 1 739 cours d'eaux dans La Chair de l'homme (1995), en écho au psaume CXXXVII, « Sur les rives des fleuves de Babylone, là nous nous assîmes et nous pleurâmes au souvenir de Sion ». Dans cette frénésie de tout dire, on retrouve peut-être l'écho de la poésie encyclopédique du xvie siècle, celle de La Sepmaine de Du Bartas. Le titre assez explicite des œuvres qui suivent (L'Opérette imaginaire, 1998 ; Devant la parole, 1999 ; L'Espace furieux, 2006 ; L'Acte inconnu, 2007) dit assez le désir persistant d'un théâtre où la parole deviendrait son propre corps, occupant la scène imaginaire dans la seule puissance de sa jaculation. De l'hyperprésence ainsi constituée, on peut lire dans L'Avant-dernier des hommes (1997) : « Entre l'Acteur fuyant autrui : il dit qu'il désire voir la langue. [...] La langue n'est plus pour lui quelque chose qui relie, puisqu'il est seul mais quelque chose qui est devant lui comme un théâtre de force, comme un champ magnétique ».
Les œuvres de Novarina ont été très tôt portées à la scène, inspirant les metteurs en scène : Marcel Maréchal pour Falstafe (1976), Jean Gilibert pour Le Babil des classes dangereuses (1984), Claude Buchvald pour Le Repas (1996) et, avec Claude Merlin, pour L'Avant-dernier d […]
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