Romain d'adoption, habitué des milieux louches, affilié à l'association des Bentvogels (la joyeuse compagnie des artistes nordiques), mais solitaire dans son art et fidèle à l'austérité passionnée de Caravage, Valentin de Boulogne est, en fait, un des peintres français les plus énigmatiques du xviie siècle. Les données biographiques sont rares, souvent vagues : né à Coulommiers d'une famille de peintres, il arrive à Rome « avant Vouet », nous dit-on, donc avant la fin de 1613 ; mais son nom n'apparaît à nouveau qu'à partir de 1620. Ses tableaux, pourtant commandés parfois par de grands mécènes (les Barberini, Cassiano dal Pozzo, le cardinal Angelo Giori) et fort chers dès sa mort, ont été vite confondus avec ceux de Caravage ou de Manfredi ; aucun n'est signé ni daté, et c'est seulement de 1627 à 1631 que les documents en mentionnent quelques-uns. Dans l'obstination de Valentin à répéter les types et les sujets caravagesques — scènes d'une bohème volontiers crapuleuse, épisodes les plus violents de la Bible (Jugement de Salomon, Louvre ; Judith, musée des Augustins, Toulouse, et Musée national, La Valette, Malte) —, à faire surgir de l'ombre […]
