D'origine poméranienne, Uwe Johnson a fait ses études de germanistique à Rostock et à Leipzig, avant de s'établir en 1959 en République fédérale. Il a donc vécu de manière directe le problème de la séparation des deux Allemagnes, qui tient, de fait, une place prépondérante dans son œuvre. Sans prendre parti pour l'un ou l'autre des deux régimes, il s'efforcera de rendre compte des deux réalités et d'échapper, ainsi, à une vue trop régionale des choses.
Conjectures sur Jakob (Mutmassungen über Jakob, 1959), son premier roman, constitue une sorte d'enquête sur la vie et les circonstances de la mort de Jakob Abs. Les déclarations diverses, parfois contradictoires, des personnages impliqués vont permettre peu à peu de serrer de plus près la réalité d'une existence, sans pourtant donner au lecteur « la » solution satisfaisante et définitive. Le personnage central est-il mort accidentellement ou s'est-il suicidé ? L'auteur se garde de se prononcer sur ce point. « Une chose est certaine, dit Johnson, je ne connais personne qui puisse affirmer : les choses se sont passées de cette manière, et pas autrement. » Abs lui-même, qui, au cours de son existence, n'a pas su faire le choix important entre l'Ouest et l'Est, a vraisemblablement été incapable également de choisir sa mort. Il s'agit d'un roman donc qui refuse la linéaire et procède par juxtaposition de vérités partielles.
Le Troisième Livre sur Achim (Das dritte Buch über Achim, 1961) procède à une confrontation directe des deux systèmes politiques. Karsch, journaliste ouest-allemand, fait la connaissance en R.D.A. du champion cycliste Achim, sur lequel il entreprend d'écrire un livre, appuyé en cela par une maison d'édition est-allemande qui en escompte quelques dividendes idéologiques. La tâche se révèle rapidement impossible, l'idole des foules refusant de laisser publier certaines vérités qui terniraient son image. Les personnages secondaires, eux, se montrent plus nuancés quant à l'appréciation des réalités politiques de leur pays respectifs. […]
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