2. Les caractéristiques du mouvement
Un dénominateur commun caractérise les utilitaristes du xixe siècle. Tous visent le plus grand bonheur du plus grand nombre, quitte à décanter ces « quantités » en essayant de les affranchir de leur éventuelle ambiguïté et de surmonter leur fatal antagonisme. De statique qu'elle était chez Bentham, l'utilité devient plus dynamique, plus axiologique avec Mill. Défenseurs, depuis Bentham, d'un individualisme libéral (chacun doit compter pour un et personne ne peut compter pour plus d'un), les utilitaristes en viennent à un certain conservatisme (la sécurité prime) qu'il est nécessaire à chaque fois de situer dans son contexte historique, politique et social, et dont il faut voir qu'il est travaillé par des tendances réformatrices réelles, destinées à constituer un vaccin contre-révolutionnaire (Rousseau, Saint-Just, Babeuf) et à déboucher prudemment sur des projets d'institutions nouvelles, des mœurs nouvelles, assez orientées finalement vers des solutions socialisantes et solidaristes, plus conformes à l'équité et, pour une part, aux aspirations égalitaires du temps. L'utilité globale et marginale justifie tout amendement à venir.
L'utilitariste valorise l'esprit d'entreprise, le goût du risque et de la compétition en vue de l'optimisation de l'ensemble de la vie en société. Une tendance en découle à accorder une primauté à la productivité, à la croissance, au développement, et à ne leur trouver de restrictions justifiées que s'ils en venaient à brimer les talents, à dégrader le mérite et à décourager la promotion des qualités morales. Pour la même raison, l'utilitariste tend, d'autre part, à rechercher un correctif aux abus individuels ou collectifs dans le principe de l'égalité des chances au départ et dans un effort, qui n'est pas toujours triomphant, pour en assurer les conditions politiques. Cette option retentit sur un programme de limitations à imposer à la propriété privée, et conduit à recommander la progressivité de l'impôt et à restreindre la légitimité a […]
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