3. Structure, caractère et statut de l'urdū
Ayant été dans le passé parler des camps et des bazars, puis langue littéraire des grands centres de culture musulmane, l'urdū est fondamentalement un idiome des villes, et il évoque pour tous les Indiens cultivés le raffinement des cours de l'Empire moghol déclinant. Cette association avec les milieux urbains a permis à l'urdū de préserver une unité linguistique que le hindī n'a connue que tardivement, parlé qu'il était dans les campagnes sous la forme de divers dialectes, dont certains connurent le développement de grandes traditions littéraires jusqu'au xixe siècle (braj à l'ouest et avadhī à l'est).
Un dernier trait mérite d'être souligné. Lingua franca, dans laquelle sont largement négligés genre, nombre et accord du verbe avec le sujet, et aussi langue de culture des musulmans du sous-continent, l'urdū est utilisé par des millions d'individus dont il n'est pas la langue maternelle. Le cas du Panjab est à cet égard remarquable. Depuis des siècles, l'urdū y représente, dans les grands marchés urbains, la langue employée par des locuteurs des langues les plus diverses, du persan au sindhi, en passant par le pašto et le kachemiri. Il y est aussi la langue écrite privilégiée, notamment en milieu musulman, depuis la colonisation britannique. C'est ainsi que les deux plus grands poètes d'expression urdū du xxe siècle, Iqbāl (1873-1938) et Faiẓ Aḥmad Faiẓ (1911-1984), étaient panjabis. Aujourd'hui, les Panjabis instruits du Pakistan éduquent leurs enfants en urdū, et le Panjab pakistanais est désormais le principal foyer de la littérature urdū.
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