Étudier les diverses réalisations de l'architecture grecque et romaine, c'est avant tout suivre dans son développement un phénomène qui joue toujours un rôle essentiel dans la civilisation occidentale : la ville. Centres modestes d'unités politiques parfois minuscules mais toutes farouchement attachées à leur autonomie, capitales fastueuses et turbulentes de monarchies rivales ou métropole gloutonne d'un monde méditerranéen enfin unifié — à toutes les étapes de l'évolution du monde antique, on trouve ce même moteur, avec une différenciation plus ou moins marquée des fonctions — politique, commerciale, intellectuelle et artistique — qui s'y constituent par stimulation réciproque : sans la pulsation des villes, accumulant et distribuant incessamment hommes, marchandises et idées, ni l'hellénisme ni la romanité n'auraient pu se diffuser si loin de leurs foyers primitifs, ni s'ancrer si profondément qu'ils ont pu souvent résister à toutes les métamorphoses historiques. En un millénaire, c'est tout le bassin méditerranéen qui s'est trouvé ainsi contaminé par le dynamisme occidental véhiculé par les villes — processus que nous voyons aujourd'hui, pour le meilleur et pour le pire, se reproduire aux dimensions du monde.
La formation des premiers centres urbains est, comme toute origine, mystérieuse. Par-delà les rationalisations tardives qui font intervenir un héros fondateur protégé par les dieux (Thésée à Athènes, Romulus à Rome), d'où procède la faveur expliquant l'essor de la ville, l'apparition d'une agglomération est liée à un site privilégié (sources, terres arables, position stratégique, passage d'un fleuve, etc.) qui suscite l'installation de groupes jusque-là dispersés dans le voisinage (synécisme). Cette urbanisation primitive ne donne lieu à aucun urbanisme ; la ville se développe spontanément autour de deux pôles : un escarpement, réduit défensif où sont installées les divinités poliades, et un terrain vague où se tiennent marchés et réunions politiques (à Athènes, l'Acropole et l'Agora ; à Rome, […]
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