2. Noam Chomsky et la grammaire universelle
À cette position extrême s'oppose de façon diamétrale celle de Noam Chomsky, qui affirme, quant à lui, qu'il n'existerait en définitive dans les langues « qu'un seul système et un seul lexique ». Dans le courant des années 1960, en effet, l'essor naissant de la linguistique formelle, en lien avec les premiers travaux en traitement automatique des langues (notamment pour la traduction), a conduit à rechercher une métalangue unique et des formats de représentations communs applicables aux différentes langues. Ainsi, en traduction automatique, s'est-on efforcé – efforts assez largement déçus, au demeurant – d'élaborer un niveau de représentation logique universel, appelé « langage pivot », que l'on souhaitait indépendant des différences d'expression entre les langues. C'est dans ce contexte épistémologique qu'est née la grammaire générative de Chomsky, même si, par la suite, elle s'en est progressivement éloignée pour constituer une théorie linguistique autonome. Pour Chomsky, la rapidité et l'uniformité du processus d'acquisition du langage par l'enfant, ainsi que la complexité de ce qui est appris, ne peuvent s'expliquer que par l'hypothèse d'un équipement inné : la structure de la langue « ne saurait être apprise par un organisme qui ne disposerait d'aucune information préalable sur son caractère général ». Cette information préalable reçoit le nom de « grammaire universelle ».
Conçue d'abord comme l'ensemble des caractéristiques supposées partagées par toutes les langues, cette grammaire universelle désigne également la base innée qui fait que l'enfant ne peut pas ne pas apprendre à parler (sauf circonstances tout à fait exceptionnelles) ; elle est définie comme un répertoire de règles et de principes qui spécifie la forme des grammaires possibles des langues. Dans le cadre de ce programme dit « minimaliste », les différences apparentes entre les langues sont appelées à être dépassées comme des effets mineurs dus à la variat […]
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