Plus de six mille langues sont parlées à la surface du globe. Historiquement apparentées ou non, selon les cas, elles n'en sont pas moins toutes différentes. Pourtant, ces différences ne constituent pas des barrières infranchissables, puisqu'il est possible d'apprendre une langue étrangère ou de traduire d'une langue à l'autre. L'exercice du langage doit donc mettre en jeu des universaux transcendant les différences entre les langues particulières. La quête de ces universaux constitue l'une des questions récurrentes de la linguistique : l'enjeu est d'appréhender l'unité du langage derrière la diversité des langues particulières, tout en reconnaissant la spécificité de chaque système linguistique.
Sur le plan biologique, la faculté de langage est un universel : elle est partagée par tous les humains et participe de leur programme génétique. De plus, elle est spécifique de l'espèce humaine : aucun autre animal n'est doué de parole. Mais cette faculté s'actualise, pour chaque humain, dans une ou plusieurs langues particulières, qui constituent autant de systèmes spécifiques. Sur le plan culturel, tous les humains partagent certaines expériences communes (avoir un corps, manger, dormir, souffrir, aimer...), que la langue permet d'exprimer et de communiquer, en offrant les moyens de parler des objets, des êtres et des situations du monde, réel ou imaginaire. Reste que, d'une langue à l'autre, ces moyens diffèrent.
Chargé de décrire les langues en tant que systèmes, le linguiste est donc confronté d'emblée aux différences. Le statut qu'il va leur accorder, dans la quête des universaux, dépend du cadre théorique dans lequel il se place.
1. Le débat sur la relativité linguistique
Jusqu'au début des années 1960, c'est surtout sur la diversité et la spécificité des langues du monde que s'est portée l'attention des linguistes, aussi bien outre-Atlantique qu'en Europe. Aux États-Unis, la célèbre hypothèse dite de la « relativité linguistique » a été avancée dans le cadre des travaux sur les langues amérindi […]
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