2. Une traversée spirituelle du siècle
À dix-neuf ans, Rimbaud donne l'impression d'avoir tout revécu des mouvements de son siècle, du romantisme au symbolisme, du réalisme à l'art pour l'art. Aucun texte du xixe siècle ne donne dans une forme aussi resserrée le sentiment d'une totalisation en même temps que celui d'une ouverture vers le futur des hommes et de leurs écritures. L'œuvre est faite pour heurter le regard et les habitudes. On peut certes y déceler une trame narrative, le récit d'une expérience (prise d'élan, conquête de liberté, errance, moment de drame, retour vers la misère, éventualité d'une nouvelle entrée « demain » aux « splendides villes »). Il n'en demeure pas moins que ce qui domine dans Une saison en enfer, c'est la rupture des enchaînements traditionnels du sens. Cette écriture tout en muscles et tendons nomme sans s'embarrasser de qualificatifs ni même parfois de verbes. La poésie retrouve ainsi la force primitive d'une parole oraculaire, d'une quête sans aucune garantie dans la vieille tradition des présocratiques, de cet oracle qui – à Delphes – « ne dit ni ne cache, mais donne des signes » Cette Saison en enfer est aussi bien le récit d'événements singuliers que l'acte par lequel en permanence les poètes tentent d'échapper à l'enfer tout en sachant qu'il est nécessaire d'en passer par là.
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