2. Arrière-cour du fascisme
Une présentation d'actualités fascistes restitue en prologue le contexte et donne le ton de liesse collective de cette journée particulière de 1938. Le film s'ouvre sur un lent travelling, la caméra entre dans une cour d'immeuble collectiviste de facture moderne, grimpe d'étage en étage pour pénétrer par une fenêtre dans l'appartement d'Antonietta. Subtilement, dans un huis clos saisissant, elle capte les moindres faits et gestes du couple paria qui s'ignore. Dans ce contexte d'oppression, leur rencontre s'apparente à une délivrance, à un affranchissement. Leurs oppositions sont pudiquement mises en scène par Scola. Un travail spécifique sur la pellicule, dominée par le ton sépia, confère une douceur nostalgique au film. Le couple marginal, composé d'une femme amoureuse et d'un homosexuel haïssant les valeurs de l'État fasciste qu'elle incarne dans sa fonction de mère de famille nombreuse et d'épouse servile, se présente en porte-à-faux avec l'exaltation machiste du fascisme. Cette femme de condition modeste, collectionnant dans l'album de famille les photos du Duce, se trouve confrontée à sa passivité par un intellectuel secret et tourmenté. Scola nous offre une sensation visuelle de leur isolement et met à nu l'humiliation de leur quotidien. Dans l'immeuble presque désert, la radio tonitruante relaie comme en écho la ville en liesse, soulignant l'opposition des deux mondes. À la sonorisation excessive de l'espace public répond l'isolement du couple. Mais, peu à peu, dans cette impossible rencontre, la réalité du fascisme impose ses normes. Le film s'achève avec une gravité soudaine par l'arrestation de Gabriele et le retour d'Antonietta à la servitude. Volontairement théâtralisé, il se conforme à la règle tragique des trois unités, celles de temps (la journée), d'action (le couple) et de lieu (l'immeuble), donnant ainsi une impression de solitude et d'enfermement. Le climat de peur et le sépia donnent leurs couleurs au film. Scola décrypte dans se […]
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