Premier des poètes romantiques russes, Mikhaïl Iouriévitch Lermontov (1814-1841), styliste incomparable et réformateur de la langue, est également l'initiateur du roman psychologique dans son pays. Son œuvre abondante, malgré la brièveté de sa vie, influencera considérablement Tolstoï, Dostoïevski, Blok puis Pasternak. Comme son père, Lermontov embrasse la carrière militaire : il est cornette aux hussards de la Garde, et mène une vie mondaine et dissipée. Il fréquente peu les milieux littéraires et ne publie sa première œuvre poétique, Hadji-Abrek, qu'en 1835. La même année, il donne le plus célèbre de ses drames, Mascarade et, deux ans plus tard, publie Borodino ; en route pour Novgorod, il commence la rédaction de Un héros de notre temps qui sera publié en 1840.
1. Piétchorine, héros et narrateur
Composé de cinq nouvelles formant un cycle (« Bella », « Maxime Maximovitch », « Taman », « La Princesse Mary » et « Un fataliste »), Un héros de notre temps paraît en mai 1840. Exilé au Caucase comme le fut Lermontov, Piétchorine, le protagoniste principal, sert de liens aux récits. Le mot « héros » doit être pris dans un sens ironique, d'ailleurs précisé dans la Préface de la seconde édition : « ... un portrait, non pas d'un seul homme, mais des vices de toute notre génération [...], on a trop nourri les gens de douceurs, tant et si bien qu'ils en ont l'estomac gâté. Ils ont besoin maintenant de remèdes amers, de vérités cruelles ».
L'action se déroule entre 1827 et 1833. Le roman se compose de deux parties : dans la première, deux textes se succèdent (« Bella » et « Maxime Maximovitch ») et présentent le héros de l'extérieur, avant de laisser la place au « Journal de Piétchorine ». Le héros devient alors narrateur et conserve ce double rôle jusqu'à la toute fin du roman, puisque la seconde partie (« Taman », « La Princesse Mary » et « Un fataliste ») intitulée « Fin du Journal de Piétchorine » a pour seul narrateur Piétchorine. Dans l'Avant-propos au « Journal de Piétchorine », le narrateur publie son […]
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