2. Eco romancier
Dans Les Limites de l'interprétation (1991), Umberto Eco s'arrête encore une fois sur cette relation entre l'auteur et son lecteur. Il s'interroge sur la définition de l'interprétation et sur sa possibilité même. Si un texte peut supporter tous les sens, il dit tout et n'importe quoi. Pour que l'interprétation soit possible, il faut donc lui trouver des limites. Elle doit être finie pour pouvoir produire du sens. Umberto Eco s'intéresse là aux applications des systèmes critiques et aux risques de mise à plat du texte, inhérents à toute démarche interprétative. Dans La Recherche de la langue parfaite (1993), il étudie les projets fondateurs qui ont animé la quête d'une langue idéale. L'idée développée est que la langue universelle n'est pas une langue à part, langue originelle et utopique ou langue artificielle, mais une langue idéalement constituée de toutes les langues.
Professeur, chroniqueur et chercheur, Umberto Eco est également romancier. Ses œuvres de fiction sont d'une certaine façon l'application des théories avancées dans L'Œuvre ouverte ou Lector in fabula. Ses deux premiers romans, Le Nom de la rose (1980) et Le Pendule de Foucault (1988), se présentent comme des romans où se mêlent ésotérisme, humour et enquête policière. À chaque page, l'érudition et la sagacité du lecteur sont sollicitées par une énigme, une allusion, un pastiche ou une citation. Le premier roman, situé en 1327, sur fond de crise politique et religieuse, d'hérésie et d'Inquisition, se déroule dans une abbaye où a lieu une série de crimes qu'un prêtre franciscain tentera d'élucider. À partir de là, trois lectures seront possibles, selon qu'on se passionnera pour l'intrigue, qu'on suivra le débat d'idées, ou qu'on s'attachera à la dimension allégorique qui présente, à travers le jeu multiple des citations, « un livre fait de livres ». L'Umberto Eco lecteur de Borges et de Thomas d'Aquin est plus que jamais présent dans ce roman qui connut un succès mondial et fut adapté en 1986 par Jean-Jacqu […]
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