Prélat romain qu'on peut sans hésitation qualifier de personnage hors pair et qu'auréole encore la noire légende créée de son vivant même.
Né à Pérouse, en Ombrie (Italie), Umberto Benigni fut ordonné prêtre en 1884. Il commença aussitôt une triple carrière de professeur d'histoire, de directeur de journal et d'animateur d'œuvres. Pionnier d'un catholicisme social intransigeant, stimulé par l'encyclique Rerum novarum (1891) de Léon XIII, il fut appelé à Gênes à la direction du quotidien catholique L'Eco d'Italia. Sa virulence ayant effrayé, il partit pour Rome. Après quelques années difficiles à la bibliothèque Vaticane, il entra à la curie romaine, où il devint en 1907 un personnage important de la secrétairerie d'État et un collaborateur immédiat du cardinal Merry del Val. À la suite d'un conflit avec celui-ci, qu'il jugeait trop mou, il démissionna, en 1911, pour garder sa liberté d'action. Jugeant que la démocratie chrétienne et le catholicisme social s'engageaient dans les voies de la compromission, il organisa son propre réseau international d'action et d'information, dont le noyau était constitué par une association pieuse, le Sodalitium Pianum (en souvenir du pape saint Pie V, l'instigateur de la dernière croisade), organisation familièrement appelée la « Sapinière ».
Le combat que menait Benigni lui avait suscité de nombreux adversaires, particulièrement en Allemagne. Une perquisition opérée à la faveur de la guerre, en 1915, chez son correspondant belge à Gand permit de saisir une importante documentation sur son activité. Un rapport de synthèse fut établi en 1921 par un prêtre et historien français, communiqué au Saint-Siège, puis diffusé anonymement. Ce rapport, qui majorait considérablement l'importance de l'organisation et donnait des documents une interprétation déformante ou erronée, permit d'obtenir du pape Benoît XV la dissolution de la Sapinière, ce qui pour autant ne mit pas fin aux activités de son directeur. De plus en plus durci et isolé, celui-ci afficha une ligne contre-révolutionnaire, antisémite et profasciste.
Il reste qu'il avait exercé une influence non négligeable sous le pontificat de Pie X, dont il s'était constitué « le chien de garde » et qui n'hésitait pas à s'appuyer sur lui. Il aura été le verre grossissant de ses orientations et, à ce titre, aura donné lieu à une caricature, elle aussi révélatrice.
Émile POULAT
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