Le Mexicain Julián Carrillo (1875-1965), le Tchèque Alois Hába (1893-1973) et le Français d'origine russe Ivan Wyschnegradsky (1893-1979) sont, dans les années 1920, les véritables défricheurs ainsi que les premiers théoriciens de la musique ultrachromatique, caractérisée par l'emploi des micro-intervalles. C'est à Wyschnegradsky que l'on doit le vocable ultrachromatisme, signifiant « au-delà du chromatisme ». Précisons que l'on utilise aussi dans le même sens le terme infrachromatisme, lequel, étymologiquement, évoque l'univers des intervalles plus petits que le demi-ton.
S'engageant dans les contrées musicales non tempérées, Carrillo (qui fut l'ami de Romain Rolland, de Camille Saint-Saëns et de Claude Debussy) invente une notation spécifique pour tiers, quarts, huitièmes et seizièmes de ton, et il fait construire des instruments appropriés à l'exécution de sa musique : flûtes, harpes, clarinettes, pianos (on pourra contempler quinze de ces pianos à l'Exposition universelle de Bruxelles en 1958). Hába, esprit aussi curieux qu'aventureux (il s'intéresse, un des premiers, aux musiques non écrites), conçoit des instruments – piano, harmonium, clarinette, trompette, guitare – aptes à réaliser les quarts de ton. Wyschnegradsky élabore un piano à quarts de ton et cherche à transcrire en sons sa vision « hindouisante » de la conscience cosmique au travers de ce qu'il appelle les espaces non octaviants ; sa réflexion nourrira, dans la seconde moitié du xxe siècle, celles de Claude Ballif et d'Alain Bancquart, notamment.
Concevoir et constituer un ensemble d'instruments aptes à l'émission de micro-intervalles était alors une tâche difficile. Mais ces pionniers n'avaient pas le choix : trop de résistances étaient à vaincre, trop peu d'instruments traditionnels étaient capables de jouer les micro-intervalles (excepté les cordes) et la technique des faux doigtés (pour les instruments à vent) n'avait pas encore été découverte. C'est d'ailleurs pourquoi l'avènement des micro-intervalles dans l'écriture occiden […]
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