3. L'Ukraine indépendante
L'indépendance de l'Ukraine est marquée dès sa proclamation, après le coup d'État d'août 1991, par une situation contradictoire : tandis qu'une partie des élites hésite à se rallier aux putschistes de Moscou, des mouvements issus de la perestroïka préparent depuis plusieurs années déjà l'émancipation de la République, posant les bases constitutionnelles, économiques et politiques d'un État de type nouveau.
Ce double mouvement, à la fois d'ouverture à la démocratie et de compromis avec l'ancien pouvoir, ponctuera les deux premières décennies de la construction de l'État. Celui-ci se constitue le plus souvent sur la base d'un accord entre ces tendances, marquant la vie politique d'avancées et reculs réguliers, lui conférant une sorte de balancement.
• Les débuts de la construction de l'État
Le premier président d'Ukraine, Leonid Kravtchouk, est élu au suffrage universel en décembre 1991, dans la foulée d'un référendum approuvant massivement l'accession du pays à l'indépendance. Apparatchik converti aux idées démocratiques, il doit à la fois réaliser les promesses de la déclaration de souveraineté et régler les conflits avec la Russie liés à la question des frontières et au partage des « biens communs ». Principaux sujets de contestation : la flotte de la mer Noire, le statut de la Crimée – la souveraineté ukrainienne y est contestée – et la part du pays aux remboursements de la dette extérieure de l'ex-U.R.S.S.
Kravtchouk est par ailleurs confronté à un Parlement issu de l'Union soviétique majoritairement opposé aux réformes. Il parvient à imposer la dénucléarisation de l'État – signée à Moscou en janvier 1994 –, mais son incapacité à juguler l'inflation et à faire face aux problèmes énergétiques provoque le mécontentement de la population. Il est par ailleurs « lâché » par Moscou : des manifestations prorusses à Sébastopol par solidarité avec les mineurs grévistes du Donbass, dans l'est de l'Ukraine, et une lettre ouverte signée par les hauts responsables de l'industrie lui signifient que son temps est révolu.
L'él […]
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