4. Les performances de l'U.R.S.S. (1922-1991)
Quel bilan peut-on faire de l'Union Soviétique ? Après l'effondrement du communisme, il est, la plupart du temps, perçu comme totalement négatif. Par le passé, on créditait généralement le système soviétique d'avoir fait accéder une Russie arriérée à l'état de grande puissance industrielle, fût-ce à d'énormes coûts matériels, humains et écologiques. On créditait aussi le système poststalinien d'avoir substitué au totalitarisme un mode de guidage fondé sur un consensus social implicite : les citoyens acceptaient de troquer leur liberté contre une sécurité économique garantie « du berceau au tombeau », avec un niveau de vie médiocre mais assuré, des prestations sociales de mauvaise qualité mais de grande extension ; les privilèges économiques d'une minorité étaient tacitement admis en échange de la tolérance de l'« économie parallèle » (englobant toutes les formes de corruption, d'activités légales ou paralégales), d'un système de revenus et de consommation sans inégalités visibles.
Avec la chute de l'U.R.S.S., la notion de consensus social s'est effritée ; rétrospectivement, elle se réduit à une démobilisation générale de la société, à une érosion de toutes les valeurs contenues dans l'idéologie officielle du socialisme. La croissance économique est elle aussi contestée. Tout au long de l'histoire de l'U.R.S.S., les chiffres officiels avaient été critiqués et révisés par les experts occidentaux. Après la disparition de celle-ci, les comptes furent refaits par les Russes eux-mêmes, pour un constat encore plus accablant.
Peut-on avoir une estimation objective de la performance ? Il est illusoire de le penser. Toute évaluation, quelle qu'elle soit, utilise des données initiales soviétiques déjà traitées ou interprétées ; elle est donc nécessairement biaisée. Quelle signification accorder aux mesures du retard technologique soviétique par rapport à l'Ouest, en termes d'années ? On retombe toujours sur les mêmes clichés : sur fond de retard général de dix, quinze ou vingt ans, on notera les avancées incontestables de l'U.R.S.S. en matière spatiale, militaire, pour les attribuer aux priorités politiques dont bénéficiait le secteur militaro-industriel. En fait, la principale faiblesse en ce domaine aura été l'incapacité de l'Union soviétique à faire passer dans la production les technologies découvertes par les chercheurs, en raison d'un système de gestion décourageant la modernisation. Que dire, enfin, des hypothèses sur la croissance de l'U.R.S.S. sous un autre régime ? Il en va comme de tous les exercices « avec des si » ; au demeurant, comment imaginer l'impact de cet « autre régime » sur les évolutions en Europe et dans le monde ?
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