5. L'ère industrielle et l'Art nouveau
À partir de 1840, la révolution industrielle suscite l'expansion de la presse écrite et la profusion des travaux de ville. La conception du Clarendon par Robert Besley (1794-1876), vers 1845, ouvre la voie à la création de types spécialement destinés à la lecture des quotidiens dans des conditions d'impression moins rigoureuses que celles du livre. Toutefois, de nombreux éditeurs et imprimeurs, lassés des Didot et décontenancés par l'envahissement de la typographie à bon marché, font un triomphe aux « romains anciens » qui apparaissent à la fin des années 1850 sous l'intitulé d'Elzévir.
Préoccupé également de la perte de qualité des productions industrielles, le mouvement des Arts and Crafts en Angleterre, dans les années 1880, s'attache au renouveau de la tradition artisanale dans les métiers du livre et la typographie. William Morris (1834-1896) fonde l'imprimerie Kelmscott Press qui réalise des ouvrages de haute tenue, composés avec des caractères qu'il dessine : le Golden, inspiré du Jenson, et les types gothiques Troy et Chaucer. Le Private Press Movement suscite la renaissance de plusieurs caractères elzéviriens. À Paris, le peintre et décorateur Eugène Grasset (1845-1917) dessine dans cet esprit de nombreux ornements et vignettes, et un alphabet, le Grasset, édité en 1897 par la fonderie Peignot alors que triomphe l'Art nouveau. Ce mouvement artistique, qui se développe en Europe et aux États-Unis à la fin du xixe siècle, prétend intervenir dans tous les domaines des arts majeurs et appliqués. Ses principaux représentants, Otto Eckmann (1865-1902), Alfons Mucha (1860-1939), Henry van de Velde (1863-1957) ou Charles Rennie Mackintosh (1868-1928) accordent une attention soutenue à la lettre, l'intégrant étroitement à leurs compositions. Mais l'essor de l'Art nouveau s'accompagne d'une profusion de types fantaisie aux dessins contorsionnés d'où peu de créations émergent, hormis l'Eckmann, publié par la fonderie Klingspor en 1900, ou la série des Auriol par la fonderie Peignot de 1901 à 1911.
Dès 1903, les Wiener Werkstätte (ateliers viennois), constitués autour de Josef Hoffmann (1870-1956) et Koloman Moser (1868-1918), auxquels contribue le calligraphe Rudolf Von Larisch (1856-1934) qui en supervise les travaux typographiques, impulsent un dessin et un emploi de la lettre s'harmonisant aux formes architecturales, s'opposant à l'aspect purement décoratif de l'Art nouveau.
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