Auteur mystique appartenant, comme Kabîr (xve s.), au mouvement hindou des « saints » (sant) qui se développa dans l'Inde du Nord et de l'Ouest à la fin de ce que l'Occident appelle le Moyen Âge et qui a donné naissance à toute une littérature poétique d'inspiration dévotionnelle (bhakti). Tukārām était un pauvre boutiquier de basse caste (il se targuait lui-même d'être un shūdra, un « homme de la classe des serviteurs »), probablement illettré, ce qui n'implique pas, d'ailleurs, qu'il fût tout à fait ignorant : en Inde, l'enseignement religieux est oral ; et Tukārām montra, à diverses reprises, qu'il était au fait des querelles théologiques de son temps.
Après divers malheurs familiaux et malgré l'opposition véhémente des brahmanes locaux, il se mit à prêcher dans son village, puis dans tout le pays marathe (à l'est de Bombay). Il organisait des kīrtans, c'est-à-dire des réunions où le prédicateur enseigne en invitant la foule des assistants à chanter des cantiques avec lui pour rythmer les diverses articulations de son discours. C'est ainsi sans doute que Tukārām se trouva conduit à composer des chants ou psaumes (abhang) qui sont parmi les plus beaux de la littérature religieuse indienne. Redonnant vie au pèlerinage de Pandharpur, où l'on vénère Vithobā (un avatâra de Vishnu), il composa d'autres cantiques destinés à rythmer la marche des pèlerins, les fidèles de la secte des vārkarīs. Après sa mort, réputée miraculeuse (il aurait été ravi au ciel), ses abhangs sont entrés dans le patrimoine religieux de l'ensemble de l'Inde.
Jean VARENNE
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